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Charme de la Savoie

LA DERNIÈRE NÉE DES PROVINCES FRANÇAISES

Géographiquement française, la Savoie ne l'est définitivement que depuis un peu plus d'un siècle, puisque "l'annexion", terme utilisé à l'époque et qui reste perpétué par le nom d'une rue d'Annecy, ne date que de l 860. L'alliance qui liait Napoléon III et le roi de Sardaigne Victor Emmanuel II permit de vaincre, après des batailles comme Solferino et Magenda, les Autrichiens et en échange de cette alliance la Savoie et le Comté de Nice furent rattachés à la France. Pour la première fois dans l'histoire les populations furent consultées et ce rattachement fût plébiscité par la quasi unanimité des votants : 1285 non pour plus de 130 000 électeurs. Au cours de son histoire, quelquefois alliée, souvent ennemie de la France, la Savoie a eu à connaître l'occupation de son voisin sous François 1er, Henri II, Louis Napoléon III, Louis XIV, la Révolution et l'Empire. Pays de culture française, bien que le patois savoyard ne soit pas simplement une altération de la langue française, naturellement orientée vers la France, il est normal que cette province ait été rattachée "au pays vers lequel coulent ses rivières". Province française depuis peu, la Savoie, au cours des trois guerres, a perdu beaucoup de ses fils et les monuments aux morts de nos villages témoignent de l'importance de ces sacrifices.

La Savoie est aussi un carrefour de l'Europe et à ce titre joue un rôle particulièrement exaltant et stimulant, grâce non seulement à sa situation géographique mais aussi à la beauté et à la diversité de son paysage, fleuron d'un tourisme prospère. J’espère que vous aurez l’occasion de comprendre et aimer cette région privilégiée.


LE « MANGER »

En ce qui concerne la « table », bien entendu le modernisme qui pénètre partout modifie profondément les habitudes, et le mode de vie en usage aujourd'hui tend à s'uniformiser d'une région à l'autre.
En Savoie, comme en d'autres régions, la pomme de terre était très largement utilisée dans les repas familiaux où elle suppléait le pain. Autrefois, elle accompagnait le « caillé » qui constituait la nourriture de base. L'habitude est encore assez répandue de manger en entrée, de la salade verte ou du fromage blanc accompagné de pommes de terre cuites à l'eau.
On mangeait très rarement de la viande, trop chère, à l'exclusion du cochon élevé à la ferme, qu'on tuait à l'automne et dont une partie donnait les jambons, le reste étant conservé dans la saumure. Le repas du cochon était le prétexte d'une véritable fête culinaire, où l'on voyait défiler sur la table, jambon, saucisson, saucisses. côtelettes (de porc bien entendu), fricassée, boudin, le tout couronné d'un saladier de crème fouettée et arrosé de cidre ou de petit vin clairet, d'un degré modeste.
Il fallait un estomac solide pour absorber puis digérer de tels menus qui ont laissé plus d'un souvenir attendri à des invités peu accoutumés à de telles bombances.
Si les légumes, fournis par le potager étaient assez nombreux, on mangeait aussi beaucoup de châtaignes, de polenta (on prononce polinte) farine de maïs d'une consommation également très répandue en Piémont, ainsi que des raves. Selon une appellation ancienne et dépourvue d'urbanité, les Savoyards étaient qualifiés de « mangeurs de raves ».
Quant à la soupe, elle tenait une place importante dans l'alimentation, le matin et le soir, les trois repas étant désignés sous les noms de déjeuner, dîner et souper, et non plus comme aujourd'hui de petit déjeuner, déjeuner et dîner.
Le vin était à peu près inconnu, en dehors des régions viticoles, sauf les jours de fête. La boisson habituelle était le cidre de pommes, qui a totalement disparu de nos campagnes. On buvait aussi volontiers la « goutte », c'est-à-dire l'eau-de-vie faite à partir du marc de raisin ou de pommes.
Ajoutons aux nourritures savoyardes le « Matafan » (étymologiquement destiné à mâter la faim) sorte de large beignet des dimensions d'une assiette, les rissoles, chaussons fourrés à la confiture.
Les « diots », petites saucisses accommodées au vin blanc et à la sauce tomate sont toujours très appréciées, de même que les « pormoniers » appelés aussi saucisses de choux, comportant un mélange de viande de porc et de diverses herbes délicieusement aromatiques. La Tarentaise, la Maurienne et le Beaufortain en ont conservé la spécialité.
Une autre particularité culinaire peu connue, spéciale Entreponts, en Chartreuse, encore servie dans quelques rares restaurants, ce sont les « jailles » qui ne sont autres qu'un civet où le porc remplace le lièvre ou le sanglier.
Quant aux fromages, on en peut savourer toute une gamme. En tête s'inscrit le Beaufort, gruyère sans trous dont la pâte ferme et riche est le produit du lait non écrémé des alpages ; puis vient l'Emmental, fromage typique des « fruitières » qui supporte la comparaison avec l'Emmenthal suisse (dont le nom s'orthographie avec un « H ».
La tome de Savoie, à pâte ferme, plus ou moins grasse ou maigre, est un produit fermier très apprécié.
Le vacherin, localisé dans les Bauges, est produit uniquement au début de l'hiver, quand les vaches ont brouté les premières herbes gelées.
Le reblochon, né dans la vallée de Thônes et du Grand-Bornand, est un délicieux petit fromage gorgé de crème. Il doit son nom à ce qu'on pourrait appeler la « resquille » des paysans d'autrefois. Astreints à donner leur production au seigneur, ils procédaient, en cachette, à un double écrémage du lait dont le second était désigné sous le nom de « reblochée », d'où le reblochon.
Ajoutons enfin les chevrotins, produits d'un mélange de lait de chèvre et de vache et nous en aurons terminé avec cette revue délectable.


LE LANGAGE ET SES PARTICULARITES

Lorsque, le jour de Toussaint 1581, Montaigne, de retour d'un voyage en Italie, arriva au Mont-cents, il consigna dans son journal : « Ici, on parle francès ».
Voici une noble référence quant à l'emploi de notre langue. En effet, à l'église, on prêchait en français et les noms de famille sont écrits en français dans les textes latins.
Les devises nobiliaires de l'Armorial de Savoie sont toutes en latin ou français, telle « la vertu mon but est » de la famille de Buttet, « Fors l'honneur nul souci » des Maistre. On n'en trouve aucune en italien.
Observons, à propos de langage, qu'aux yeux de certains puristes, le qualificatif « savoyard » est considéré comme populaire, voire trivial. Ils lui préfèrent « savoisien » issu du vieux français « savoyen ».
N'oublions pas que ce terme est illustré par un tableau de Greuze, la Savoyarde et que la Savoyarde est également le nom donné au bourdon de l'église du Sacré-Cœur de Paris, l'une des plus grosses cloches connues au monde, d'un poids de près de 18 tonnes, offerte en 1895 par les quatre diocèses de Savoie et fondue par la célèbre fonderie des frères Paccard, à Annecy-le-vieux, dont le bronze tinte dans les clochers du monde entier.
Dès le début du XIIe siècle, la langue de l'Ile-de-France, le « francien » fut élevé au rang de langue nationale, reléguant dans les patois les dialectes normand, picard, champenois et savoyard. A l'époque la Savoie ne dépendait pas plus du royaume que la Bretagne, la Franche-Comté, la Provence et autres régions qui devaient peu à peu constituer le royaume de France, mais son éloignement et les difficultés d'actes firent que le dialecte qu'on y parlait résista plus aisément à la francisation et qu'en raison d'une certaine osmose, on trouve plus de ressemblance entre nos patois et le vieux français.
Bien sûr, le patois se perd de plus en plus, voir même totalement perdu, à mesure que les campagnes se dépeuplent et que la scolarisation a été étendue. Très loin du français moderne, nous le répétons, nos patois sont très près du français du Moyen Age. Ils sont d'ailleurs très divers, Chambéry, capitale politique n'ayant pas joué le rôle de capitale linguistique.
Pour ne pas rentrer dans le détail d'un dialecte qui tend à devenir une langue morte, voici les quelques expressions qui peuvent être entendues par le touriste.
La « bouille » est le récipient métallique qui sert à porter le lait à la fruitière, celle-ci n'étant pas une marchande de fruits ni une crémière, mais le local où l'on reçoit et travaille le lait, c'est-à-dire la fromagerie ; le lait est essentiellement le « fruit commun » de l'élevage qui deviendra beurre et fromage et l'homme qui travaille le lait, le fromager, est appelé « fruitier ».
Cette expression a souvent plongé plus d'un touriste dans l'étonnement.
« Baille à bère », d'un langage courant, utilisé comme enseigne dans certaines foires ou vogues, signifie, on l'a deviné, « donne à boire ».
Une confrérie vinique savoyarde, analogue en plus modeste aux chevaliers du Tastevin et autres compagnies du Beaujolais, qui a essaimé des « portiques » c'est-à-dire des sections à Grenoble, Lyon, Paris et autres lieux, a choisi comme nom le Sarto, c'est-à-dire le cellier construit au cœur des vignes où le vigneron campe pendant les vendanges et les travaux de printemps, y trouvant le couvert et y amenant le vivre.
Quant au parler courant, il recèle plus d'une particularité.
En premier lieu, la terminaison « az » qui est fréquente dans les noms de lieux et les noms patronymiques est devenue muette à la prononciation : Drumettaz est prononcé Drumette, La Féclaz, La Fécle, etc...
De même l' « x » disparaît dans Chamonix, Saint-Genix prononcés Chamoni, Saint- Geni. D'ailleurs, pour la cité du Mont Blanc, l'ancienne appellation était Chamouny.
La terminaison « ens », quant à elle, a conservé deux prononciations différentes.
Près d'Annecy, Thorens, localité située au pied du célèbre plateau des Glières, se prononce comme « torrent ». En revanche, un chef-lieu de canton proche d'Aix-lesBains, Albens, se prononce Albince, alors que la commune voisine Cessens se prononce Cessan.
C'est pourquoi la station de ski, Val Thorens, bénéficie des deux prononciations, au choix...
Certaines expressions populaires, parfois dérivées du patois, ne laissent pas d'étonner les étrangers au pays.
Pour dire « faites donc, je vous prie » on dit « faites seulement ».
Nous ne pouvons résister au désir de faire allusion à un terme patois qui, sous une apparence irrévérencieuse, est parfaitement expressif. Il s'agit d'une sorte de tabouret à un seul pied qu'on s'attachait autour des hanches par une courroie en forme de ceinture, afin de le maintenir ; il servait à la traite des vaches et permettait ainsi de se déplacer rapidement de l'une à l'autre.
Son nom : le botacu.


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